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21.11.2018

Le défi des banques : s’ouvrir et collaborer

Comme dans d’autres secteurs, les avancées technologiques, de plus en plus rapides et disruptives, placent les banques face à de nombreux enjeux. L’innovation est plus que jamais au cœur de leurs préoccupations…

L’émergence de nouvelles tendances, le bouillonnement technologique et l’évolution des besoins des clients agitent le secteur bancaire. Les consommateurs ne recherchent plus la « meilleure » banque, ils veulent l’expérience client la plus aboutie et efficiente possible. Dans le même temps, les banques sont plus que jamais concurrencées par de nouveaux arrivants, tels que les géants du numérique (Google, Apple, Facebook ou Amazon), des pure players proposant leurs services uniquement en ligne ou des fintech agiles et extrêmement innovantes. Elles doivent aussi tenir compte d’évolutions règlementaires importantes. Dans ce contexte, les acteurs traditionnels l’ont bien compris : ils doivent accélérer les processus d’innovations, notamment à travers l’open innovation.                             

Le défi de l’innovation ? L’ouverture !

L’open innovation est donc devenue un passage obligé pour les banques qui veulent rester compétitives. Un constat que semble confirmer l’édition 2018 du rapport World Retail publié par Capgemini et l’European Financial Management Association (EFMA). Malgré les contraintes règlementaires et sécuritaires, le secteur devient de plus en plus accessible et multibancaire, entre autres à travers la poussée de l’open banking, laissant la porte béante à une concurrence accrue et à l’entrée de challengers.

Risques et dangers, mais aussi opportunités pour les acteurs traditionnels. Bien qu’à l’heure actuelle, il ne suffise plus de répondre aux attentes, il faut innover… vite et souvent. Une exigence qui pousse les banques à délaisser leur insularité en matière de recherche et développement, pour cultiver une nouvelle culture de créativité. L’innovation est partout, tant en interne qu’à l’extérieur de l’entreprise, affirmait Henry Chesbrough, Professeur à l’Université de Californie et « père » de l’open innovation. Pour les banques, l’innovation ouverte doit s’inscrire comme un véritable état d’esprit…

Ancrer une vision collaborative à 360°

Si l’innovation est partout, trois grands axes soutiennent une démarche efficace d’open innovation, afin d’assoir durablement cette évolution organisationnelle (par rapport à une culture de département R&D isolé) :

  • Les « disrupteurs » comme partenaires. Startups et scale-up possèdent des atouts d’agilité et de créativité indéniables que les banques doivent « capter » en leur offrant de bonnes conditions pour leur développement. Incubateurs, accélérateurs, prises de participation, les leviers sont multiples pour favoriser la collaboration cruciale entre acteurs traditionnels et fintech. Une collaboration win-win soulignée par Capgemini dans son World Fintech Rapport 2018.
  • L’esprit entrepreneurial au cœur de l’organisation. De plus en plus de banques mettent en place des programmes internes visant à stimuler et à partager les idées de leur personnel… C’est l’idée que la créativité peut émerger à tous les étages de l’organisation. Mais encore faut-il parvenir concrétiser et à matérialiser cette richesse intérieure.
  • S’appuyer sur la « confiance ». La participation à une communauté ouverte représente également un point clé de l’open innovation. Cela se traduit évidemment par l’intégration et l’animation de l’écosystème (hackathons, concours, etc.), mais aussi par la mise en commun de solutions. Un défi qui met en exergue le rôle de la « confiance » dans les processus collaboratifs, afin de dépasser les relations essentiellement concurrentielles pour rapprocher tous les acteurs dans une optique de « coopétition ».

Des stratégies de soutien à l’innovation

Dans leur rapport, Capgemini et l’EFMA pointent les principales stratégies mises en place par les banques pour promouvoir l’innovation et opérer leur transformation digitale. Des résultats qui confirment l’importance du recours aux principes de l’open innovation…

Largement en tête, l’adoption d’une plus grande agilité et d’une capacité à innover plus rapide, qui se traduit concrètement par une plus grande collaboration avec les fintech. Dans un mouchoir de poche, viennent ensuite la mise en place d’incubateurs et d’accélérateurs, l‘investissement dans les nouvelles technologies ainsi que la refonte des structures internes et la construction de processus de business numériques. Enfin, la création d’une architecture IT ouverte et l’élimination des silos.

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28.11.2018

Quel rôle pour la propriété intellectuelle dans l’open innovation ?

Les entreprises qui se lancent dans l’aventure de l’innovation ouverte ne peuvent pas négliger la question de la propriété intellectuelle. Un cadre indispensable pour que chaque acteur puisse profiter pleinement de la collaboration…

En 2017, sur les 2 155 demandes de brevets européens (dont 16 % émanant de Solvay) sollicités par des entreprises belges, 1 215 ont été octroyés par l’Office européen des Brevets. C’est nettement plus que dix ans plus tôt… Une tendance à la hausse observée à l’échelle mondiale. Mais à l’ère de l’open innovation, la propriété intellectuelle (PI) pose inévitablement question. En effet, si pendant des décennies, les entreprises faisaient de la recherche et développement « dans leur coin », l’heure est de plus en plus à la collaboration avec des acteurs externes ou internes. D’un côté « l’exclusivité », de l’autre « le partage ». Un mariage qui pourrait sembler impossible, mais qui est pourtant indispensable…

Facilitateur de l’innovation

La PI a longtemps été perçue comme une façon de bloquer ses concurrents et de s’assurer une position avantageuse sur le marché. Une approche défensive qui semble aujourd’hui dépassée, car l’innovation est partout… Les startups disruptives en tête secouent le cocotier de l’innovation et poussent les entreprises vers une approche ouverte. Mais la co-création est parfois aussi interne à l’entreprise, chez les clients, voire même les concurrents. Ce n’est donc plus l’apanage des départements de R&D des grands groupes. Dans ce contexte, la propriété intellectuelle délaisse peu à peu ses « habits d’exclusion » pour jouer un rôle clé dans le processus d’innovation : celui de facilitateur. En effet, comme le souligne l’European IPR Helpdesk — un service d’aide de la Commission européenne en la matière —, dans un document dédié au sujet, « la propriété intellectuelle devient un avantage plutôt qu’une barrière ».

Un cadre indispensable

L’un des principaux atouts de la PI est de permettre de clarifier la collaboration et le processus d’innovation. Chaque partenaire identifie ce que l’autre peut apporter, les ressources partagées, les moyens mis en œuvre, la gouvernance, etc. Les règles sont donc définies pour éviter les incompréhensions : qui fait quoi ? qui apporte quoi ? qui détient le contrôle et la propriété ? Ce cadre clair et admis permet de développer une véritable relation collaborative, favorisant les transferts de technologies et le partage des connaissances entre entités. En effet, l’un des facteurs clés de la réussite de l’open innovation est la confiance. Celle-ci doit rester au cœur de la démarche et être préservée, voire renforcée, grâce à une gestion optimale des droits de propriété intellectuelle. Par ailleurs, pour les plus petits acteurs, l’enjeu est de taille, puisqu’un minimum de bonnes pratiques en matière de PI permet d’augmenter sa crédibilité et d’attirer davantage de partenaires technologiques ou financiers.

Développer une véritable stratégie

Pour autant, la démarche n’est pas simple et les outils à disposition de l’entreprise sont multiples. En effet, si tout processus d’innovation doit reposer sur une stratégie, il en va de même pour la gestion des droits de propriété intellectuelle. Et pour cause : d’abord, l’entreprise qui se lance dans cette démarche ne peut pas négliger les risques encourus. De plus, l’enjeu est aussi de protéger ses propres partenaires, les collaborations créées ainsi que permettre une exploitation optimale des fruits générés au sein du partenariat. Enfin, en tant qu’actifs fondamentaux, les droits de propriété intellectuelle exigent une gestion efficiente de la part de l’entreprise. Pour ces raisons, il est impératif de mener une réflexion en amont pour identifier les méthodes de protection les plus adaptées à la nature de la collaboration, du partenaire ou du projet. Une approche qui doit aller de pair avec la stratégie d’innovation pour jouer pleinement son rôle. À titre d’exemple, Microsoft a établi des principes clés pour encadrer sa démarche de co-création avec ses clients.  

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02.03.2018

L’innovation distribuée au cœur de l’entreprise !

S’ouvrir ou mourir ! Cela pourrait être le leitmotiv de l’open innovation… Confrontées à des mutations majeures, notamment technologiques, les entreprises doivent impérativement élargir leurs processus de création, tant en interne que vis-à-vis de l’extérieur : intégrer des startups dans son giron, collaborer avec ces partenaires, mais aussi (et surtout) impliquer ses employés pour faire émerger des idées nouvelles !

Une approche inclusive

Ces dernières années, lorsqu’on aborde les thèmes de créativité, d’innovation ou de collaboration en entreprise, le concept « d’open innovation » apparaît forcément sur beaucoup de lèvres. Mais de quoi s’agit-il exactement ? Qu’on l’appelle innovation ouverte, distribuée, partagée ou collaborative, il s’agit toujours de l’idée selon laquelle une entreprise doit impliquer de nouvelles ressources dans ses processus de création : que ce soit en interne, à travers l’inclusion de ses employés, ou à l’extérieur, grâce à ses clients, des startups partenaires, ses fournisseurs, voire même par le biais de ses concurrents. Autrement dit, alors que traditionnellement l’innovation est cantonnée à un service de recherche et développement (R&D), l’entreprise « moderne » a tout intérêt à décloisonner sa démarche pour faire face aux défis d’un monde en pleine mutation, notamment technologique.

De l’origine à la définition

Le terme est né en 2003, à l’Université de Berkeley, dans un ouvrage du Prof. Henry Chesbrough (directeur du Center for Open Innovation de Berkeley). Ce dernier conçoit l’open innovation comme « un mode d’innovation basé sur le partage, la coopération entre entreprises, dans un climat d’échanges, d’ouverture et de confiance ». Un changement de paradigme qui oppose donc « innovation ouverte » à « innovation fermée », car, dans cette dernière approche, le savoir-faire de l’entreprise ne peut emprunter qu’un seul trajet, de l’entrée à la sortie. Au contraire, avec l’innovation distribuée, tant l’émergence des idées que la mise sur le marché peuvent se produire à plusieurs stades du processus. La richesse va donc naître de cette ouverture, à la fois, à des acteurs externes, mais aussi internes à l’entreprise : l’apparition d’idées neuves, de plus de projets innovants et d’une plus grande perméabilité de l’inventivité.

S’ouvrir ou mourir…

Cocréation, intelligence collective, open data, crowdsourcing, extra ou intrapreneuriat, etc. Autant de concepts qui vont de pair avec la démarche d’open innovation. En effet, plus qu’une approche isolée, il s’agit d’un véritable changement de culture qui doit pousser l’entreprise à concevoir ses processus de création de façon moins stéréotypée, plus agile, flexible et davantage à l’écoute de l’évolution de son environnement. Histoire de ne pas se « réveiller » un jour et se rendre compte que son business model (ou son offre) est… dépassé ! Ce n’est donc pas un hasard, si de grands groupes, caractérisés par une plus grande « raideur » et linéarité organisationnelle, optent pour intégrer en leur sein des startups innovantes. Le but ? Insuffler au cœur de l’entreprise une nouvelle dynamique d’innovation, plus « startup oriented », interactive et agile. Même si les grandes entreprises sont les premières visées par cette démarche, les PME ne doivent pas négliger cette méthode d’innovation afin de conserver leur vitalité et réactivité…

Un véritable changement de culture

Mais l’open innovation ne doit pas se limiter à l’intégration de startups. En effet, il s’agit aussi (voire avant tout) d’une transformation managériale, visant à mobiliser tous les potentiels internes d’une structure. Ce changement de culture implique donc de bousculer l’organisation interne de l’entreprise pour briser les silos, casser les (mauvaises) habitudes, faire émerger les talents et les idées. Dans ce sens, les employés, du fait de leur proximité, sont généralement très bien placés pour comprendre les blocages éventuels, proposer des pistes d’amélioration et sentir certaines nouvelles opportunités. À ce titre, si la prise de conscience du management est indispensable, les départements RH ont un rôle crucial à jouer pour inséminer le germe de l’open innovation au sein de la structure et créer les conditions du changement. Cela passe, entre autres, par la mise en place d’une situation win-win, ou chacun, employé et manager, perçoit les bénéfices et la valeur ajoutée de la démarche.

Les employés, acteurs majeurs !

Pour générer ce flux bottom-up, plus que de beaux discours et des concepts théoriques, l’entreprise doit agir concrètement pour sensibiliser l’ensemble des salariés sur les avantages de l’innovation collaborative. Et montrer qu’elle est véritablement à l’écoute de ses ressources internes. Cela se traduit, notamment, par la mise en place d’un climat rassurant, mais stimulant et dynamique, qui valorise le rôle de l’employé ainsi que l’ouverture de la structure à ses idées. Les RH doivent aussi identifier des volontaires motivés, susceptibles de prolonger et garantir la transformation. La création d’un contexte (matériel, temporel, géographique, etc.) favorable s’avère également décisive, tout comme un encadrement souple : coaching, échanges avec des experts, autonomisation, etc. Concrètement, l’open innovation aux employés prend souvent la forme de concours d’idées, d’hackathons, de prix internes à l’innovation, d’échanges interentreprises, etc. 

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06.11.2018

Open Innovation : l’ouverture aux multiples visages

Véritable changement de paradigme, l’innovation ouverte s’impose de plus en plus comme la solution pour permettre de suivre le rythme des évolutions technologiques, et parfois réglementaires. Plus qu’une tendance, c’est un impératif !

Open innovation, innovation ouverte ou distribuée, autant de termes pour caractériser une nouvelle forme de faire de la recherche et développement au sein (ou en dehors) des entreprises. Un concept promu par Henry Chesbrough, professeur et directeur du Center for Open Innovation de l’Université de Berkeley, en opposition à un monde où chaque entreprise innove « dans son coin », en veillant à protéger ses trouvailles.

Un changement de paradigme

Dans son article fondateur, publié en 2003, nommé « Open Innovation: The New Imperative for Creating and Profiting from Technology », Chesbrough anticipe un changement de paradigme, devenu aujourd’hui consensuel : dans une économie « ubérisée », caractérisée par l’accélération et la multiplication des évolutions technologiques, les entreprises doivent innover rapidement ou prendre le risque de subir les évolutions. Pour atteindre cet objectif, il ne suffit plus de miser sur un département R&D cloisonné et isolé. Au contraire, il faut repousser les frontières de la créativité et de la connaissance, être réceptif aux idées extérieures et parvenir à incorporer les plus-values développées par des acteurs « étrangers » à l’organisation.

Un état d’esprit collaboratif

L’innovation ouverte consiste à exploiter de nouvelles idées, business models ou « accès » au marché, qui émergent au sein ou en dehors de l’entreprise. L’objectif ? Accélérer les processus d’innovation. Autrement dit : s’ouvrir pour réfléchir à la fois in et out of the box. Mettre l’accent sur la création de valeur, plutôt que sur la propriété de l’innovation. Emprunter de nouvelles voies à travers la stimulation de la créativité interne et au développement de partenariats externes. Pour rester compétitives, les grandes entreprises, nichées dans des secteurs soumis à d’importantes mutations, l’ont bien compris, notamment en nouant des relations rapprochées avec les start-up. Plus agiles et rapides, ces dernières disposent de la flexibilité nécessaire pour « disrupter ». Mais leur taille peut être un handicap pour aboutir à une solution commercialisable, notamment en raison de moyens financiers et structurels réduits. C’est dans cet « espace » que l’open innovation célèbre un mariage win-win entre corporate et start-up. Une union qui peut évidemment prendre plusieurs formes…

Une stratégie aux multiples visages

Les initiatives d’innovation ouverte se sont donc multipliées ces dernières années, touchant la plupart des secteurs. Conscientes qu’il n’existe pas une seule et unique voie, les corporate n’hésitent pas à mettre en place une politique d’open innovation diversifiée, construite autour de plusieurs instruments :

  • Des plateformes d’open innovation qui permettent de soumettre un problème à « la communauté », afin de faire émerger des solutions de toute part (employés, fournisseurs, parties prenantes, etc.).
  • Hackathons et autres challenges sont également un excellent moyen d’animer son réseau, de créer de l’émulation au sein de son environnement ainsi que de repérer des talents ou idées innovantes.
  • Des « antennes » d’innovation ouverte au cœur des grands hubs technologiques, tels que la Silicon Valley. L’idée est simple : être aux avant-postes du progrès.
  • Les incubateurs et accélérateurs de startups sont l’une des voies privilégiées par les grands groupes. L’objectif est, à la fois, de créer les conditions optimales pour le développement de la start-up, ainsi que de se « rapprocher » de l’innovation.
  • La « communauté » joue un rôle crucial dans l’open innovation, dans la mesure où elle permet de renforcer les partenariats, de rester « au courant », de capter l’innovation là où elle se trouve. Que ce soit en participant ou en organisant des évènements, ou en nouant des relations avec toutes sortes d’acteurs : pôles sectoriels, incubateurs, écoles et universités, centres de recherche, etc.
  • Des fonds de corporate venture afin de soutenir financièrement les « disrupteurs ».
  • L’acquisition de startups ou scale-ups, dans le but d’intégrer leurs technologies. Une approche qui est davantage l’apanage des corporate américaines.

Nous vous donnons rendez-vous le 13 novembre à l’Axisparc pour une soirée spéciale ‘Open Innovation’ . Si vous êtes intéressé, inscrivez-vous au plus vite !

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16.12.2024

« La fracture numérique a la vie dure »

« Les personnes âgées, mais aussi les jeunes et les actifs manquent de compétences numériques », explique Linde Verheyden, Director Public Affairs chez BNP Paribas Fortis et présidente de DigitAll.

Malgré la digitalisation croissante, de nombreuses personnes sont laissées sur le carreau. En Belgique, 40% de la population âgée de 16 à 74 ans est exposée au risque d’exclusion numérique. Si les personnes âgées sont souvent considérées comme le groupe le plus vulnérable, il s’avère que les jeunes ont aussi des difficultés avec le numérique. Près d’un tiers des jeunes de 16 à 24 ans ont des compétences numériques faibles, avec un pic de 52% chez les jeunes peu diplômés.

Ce sont des chiffres plutôt surprenants. Les jeunes sont quand même nés avec des outils numériques ?

« On dit souvent que les jeunes sont « digital natives » parce qu’ils savent utiliser les réseaux sociaux. Mais créer une vidéo TikTok ou scroller sur Instagram ne signifie pas que l’on est capable d’effectuer des opérations bancaires en ligne ou de remplir un formulaire de candidature. »

La pauvreté joue aussi un rôle important dans le fracture numérique.

« Absolument. Pour 25% des personnes en situation de pauvreté, le smartphone est le seul appareil numérique qu’elles possèdent. S’il offre une certaine forme d’accès de base, le smartphone est néanmoins souvent inadapté pour réaliser des tâches essentielles : rédiger un CV, introduire sa déclaration fiscale... Sans ordinateur ni Internet stable, de nombreuses portes numériques restent fermées. »

Quelles sont les autres raisons qui expliquent cette fracture numérique ?

« Souvent, les gens manquent des compétences numériques nécessaires. Ils n’ont jamais appris à effectuer des tâches basiques, comme utiliser un moteur de recherche, ajouter une pièce jointe à un e-mail ou télécharger une app. Sans ces connaissances, le monde numérique leur est inaccessible. Et puis il y a le stress numérique. La peur de commettre des erreurs, d’être piraté ou de compromettre sa vie privée est dissuasive pour beaucoup. Même si elles ont les compétences requises, certaines personnes choisissent délibérément de ne pas utiliser les services numériques. La technologie suscite chez elles la méfiance et l’inquiétude, ce qui crée une barrière importante. »

Quel rôle les entreprises peuvent-elles jouer pour combler ce fossé ?

« Les entreprises peuvent jouer un rôle clé à différents niveaux. Il s’agit non seulement d’un problème social, mais aussi d’un défi économique. Aujourd’hui, les personnes moins axées sur le numérique sont à la fois des clients et des travailleurs potentiels. Prendre conscience de cela en tant qu’entreprise, c’est la première étape, mais aussi de la plus importante. Mais il faut aussi soutenir les travailleurs. Un exemple ? Les collaborateurs du service Espaces verts de la Ville de Gand ont reçu une formation pour remplir leur déclaration fiscale en ligne. De telles initiatives permettent aux participants d’acquérir des compétences pratiques et d’avoir davantage confiance en eux. Enfin, les entreprises doivent effectuer un check du know-how numérique. Mesurer, c’est savoir. Ce n’est pas parce que quelqu’un travaille tous les jours sur un ordinateur portable qu’il a de bonnes compétences numériques. »

Que fait concrètement BNP Paribas Fortis pour favoriser l’inclusion numérique ?

« Plusieurs initiatives sont développées. En 2020, nous avons créé DigitAll, une plateforme de partage des connaissances et des bonnes pratiques en matière d’inclusion numérique. Nous y rassemblons aujourd’hui plus de 130 organisations. DigitAll a par exemple développé une check-list qui permet aux entreprises de tester l’accessibilité de leurs applications et sites web. Pour les personnes ayant des compétences numériques plus faibles, faire face à une interface simple peut faire toute la différence. Depuis 2021, la banque soutient également une chaire de la VUB qui étudie le lien entre l’inclusion numérique et les droits humains. »

Quelle est l’importance des outils à cet égard ?

« Avoir des outils conviviaux est indispensable. C’est pour ça que nous collaborons avec Emporia, un fabricant de smartphones conviviaux destinés aux utilisateurs moins à l’aise avec le numérique. Lorsqu’un client achète un smartphone de ce type, nous préinstallons notre app pour lui sur ce smartphone. »

Nous avons évoqué le stress numérique : comment lutter contre celui-ci ?

« Par le biais de campagnes de sensibilisation. Nous voulons que nos clients utilisent nos outils en toute confiance. La banque se soucie aussi de ses clients moins compétents sur le plan numérique. Grâce au partenariat conclu avec bpost, tous les clients peuvent se rendre dans le bureau de poste de leur village pour toutes les opérations bancaires de base. »

Les entreprises ont-elles donc tout intérêt à favoriser l’inclusion numérique ?

« C’est certain. L’inclusion numérique exige des efforts continus, y compris de la part des pouvoirs publics et des établissements scolaires. Personne ne peut être laissé de côté. Les entreprises qui agissent aujourd’hui contribuent non seulement à une société meilleure, mais aussi à leur propre avenir dans un monde de plus en plus numérique. » 

« Sans de solides compétences digitales, de nombreuses portes numériques restent fermées. »
« Pour les personnes ayant des compétences numériques plus faibles, faire face à une interface simple peut faire toute la différence. »
« Des compétences digitales limitées sont un obstacle pour combler la fracture numérique. »

Linde Verheyden, Director Public Affairs chez BNP Paribas Fortis et présidente de DigitAll

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